Littérature de l’imaginaire (sf, fantasy et autres)

La littérature dite de l’imaginaire regroupe différents genres, tels la science-fiction, la fantasy, le fantastique, le conte, etc. Si ces genres disposent chacun de leur propre code littéraire (ce qui permet de les distinguer les uns des autres), ils ont en commun de créer des univers ou d’utiliser des éléments fictionnels n’appartenant pas au monde réel. L’imagination, plutôt que le fait réel, est ainsi privilégiée pour la création de fictions-la science-fiction construit des mondes futuristes, la fantasy exploite la veine du conte merveilleux, le fantastique introduit des éléments surnaturels dans le récit. C’est le domaine de prédilection du fictionnaire.

La littérature qui n’appartient pas à celle de l’imaginaire est appelée littérature blanche (ou littérature générale). Étrange appellation qui, je trouve, a tendance à occulter les genres dans lesquels s’inscrit cette littérature, à savoir le réalisme et naturalisme-issus tout droit du XIXème siècle avec les sublimes œuvres d’un Balzac ou d’un Zola (créateur et chef de file de l’école naturaliste). Pas très virginale, donc mais rattachée à des mouvements et écoles littéraires ayant fait date dans l’histoire littéraire. Les œuvres de littérature blanche sont des romans, des récits élaborés à partir du monde réel, dont ils se veulent le reflet. C’est le domaine de l’écrivain.

          Ces littératures sont-elles opposées ?  Univers réel contre univers fictif ? La démarcation n’est bien sûr pas aussi tranchée. D’une part parce que les auteurs de littérature blanche, tout en empruntant au monde réel, inventent leurs personnages, les situations, etc, donc utilisent leur imagination (Flaubert invente le personnage d’Emma Bovary, Emile Zola le personnage de Lantier dans Germinal – les romans, même réalistes, restent des fictions), d’autre part parce que certaines œuvres de science-fiction ou de fantasy mêlent imaginaire et éléments réels (dans sa trilogie de La lune, l’auteur Johan Héliot prend le cadre du Paris de Napoléon III pour créer son œuvre steampunk, Pierre Pevel prend lui pour toile de fond le Paris du XIIIème siècle et de Richelieu dans son œuvre de fantasy Les lames du cardinal-dans les deux exemples, les personnages historiques sont intégrés à l’histoire fictive, côtoient un monde imaginaire). On peut aussi parler du fantastique, genre dont l’univers de référence est, en général, l’univers réel mais dans lequel une ambiguïté (élément surnaturel ou pouvant l’être) surgit-pour mieux remettre en cause notre vision du réel.

            Quoi qu’il en soit, un auteur de littérature blanche- autrement dit un écrivain – s’attache à gommer dans son récit tout ce qui peut résulter de l’invention, de l’imaginaire, non attesté par le réel. Il s’agit de produire une fiction où l’effet de réel est le plus saisissant possible (si dans Germinal, Zola avait fait apparaître un lutin au moment où un mineur donnait un coup de pioche au fond de la mine, il n’aurait certainement pas été aussi crédible – et ses amis de Sedan se seraient copieusement moqués de lui).

             A contrario, un auteur de littérature de l’imaginaire – autrement dit un fictionnaire – s’en fiche un peu. Il s’attache à donner une cohérence à son univers fictif, ce qui est déjà du travail. Réel ou pas, tout élément est bon à prendre pour construire une fiction. Seule l’imagination commande. Et la structure. On peut le dire : le fictionnaire aura beau débrider son imagination, il n’en demeure pas moins soumis à la structure du récit – encore un point commun avec l’écrivain.

            Pour clore mon propos sur la littérature de l’imaginaire, dont on pourrait lister et décortiquer tous les sous-genres apparus depuis Jules Verne, je dirais qu’elle souffre d’une image peu reluisante dans le champ littéraire -l’élite auto-proclamée de ce petit champ n’hésite pas à la traiter de paralittérature et dédaigne souvent s’y intéresser. Nous verrons dans un prochain article qu’elle a tort de faire la moue (même si bien sûr, il est préférable de faire la moue que la guerre).

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