Fictionnaire/écrivain : quelques précisions

            Si j’établis une distinction, elle est bien sûr fictive, symbolique (dans les faits, les deux s’adonnent à l’écriture, composent des récits, des romans, des nouvelles, etc).

Historiquement, la figure de l’écrivain s’impose à partir du XVIIème siècle au détriment de celle du scribe (simple copiste), et connaît une sacralisation au XIXème-apogée de cette figure tutélaire auréolée d’une mission morale, humaniste et civilisatrice. Humblement, le fictionnaire vient de naître, alors bon, il a du chemin à faire. Tout nimbé de son auréole, l’écrivain se jette à corps perdu dans la veine réaliste, traquant et pourfendant « l’effet chimérique » qui perce sous la fiction.

            Finis la fable, l’épopée, le conte et le romantisme, la Littérature sera réaliste ou ne sera pas. Et tant pis pour le fantastique, qui naît pourtant en ce fameux XIXème siècle et compte parmi ses créateurs des noms aussi illustres que Balzac (eh oui, on ne le clame pas haut et fort mais Balzac a écrit des contes fantastiques) ou Maupassant (dont le fameux Horla donnera ses lettres de noblesse au genre). Tant pis pour la science-fiction naissante, toujours en ce XIXème siècle, avec Jules Verne et son œuvre visionnaire, et tant pis pour ce qu’on appellera plus tard la fantasy, qui naît au Royaume-Uni à la fin du XIXème et en France au début du XXème siècle (avec notamment Les centaures, d’André Lichtenberger).

            Courbé sur son écritoire, le front soucieux et l’haleine chargée en caféine, l’écrivain s’attelle à sa mission (même si on ne lui a rien demandé) de description -et retranscription- du réel. Sa haine du fait imaginé est telle qu’il finira par enfanter dans la deuxième moitié du XXème siècle de ce courant édifiant appelé « creative non fiction » ou littérature non-fictionnelle -à partir notamment du roman De sang-froid de Truman Capote publié en 1965. Comme son nom l’indique, ce courant entend se débarrasser purement et simplement de la fiction… mais tout en restant dans la littérature. On croit rêver. Une littérature débarrassée de l’élément fictif peut-elle encore s’appeler littérature ? Ne peut-on voir ici le complexe de l’écrivain, malade à l’idée d’être considéré comme un affabulateur publique ?

            Mais laissons l’écrivain a ses affres et ses obsessions.

            Le fictionnaire, lui, assume tout à fait son statut de faiseur d’histoire et voit dans la fiction l’alpha et l’oméga de la littérature. Baudelaire écrivait que la littérature se situait entre la science et la philosophie. Et qu’y a-t-il d’autre entre ces deux grands domaines si ce n’est le champ des possibles, le domaine de l’imagination ? De ce fait, on pourrait dire qu’aujourd’hui, le fictionnaire est beaucoup plus dans la littérature que l’écrivain. Il est peut-être temps de lui donner la place qu’il mérite.

Laisser un commentaire