Trois oboles pour Charon

Lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone 2020

         De quoi s’agit-il ?

Il s’agit d’un roman de fantasy publié chez Denoël (collection Lune d’Encre) en 2014.

Le sujet ?

L’auteur, Franck Ferric, revisite le mythe de Sisyphe en faisant « voyager » le personnage mythologique à travers l’Histoire, de l’Antiquité à… la fin du monde ?

           Selon le mythe grec, Sisyphe a dupé les dieux, notamment Thanatos, le dieu de la mort, et est condamné pour cela à pousser son rocher indéfiniment dans le Tartare. Il symbolise ainsi l’absurdité et les vicissitudes de la condition humaine.

Dans le roman, Sisyphe est condamné à mourir et renaître sans cesse, sans se souvenir du passé. Peut-on imaginer plus cruelle destinée ? C’est que les dieux l’ont mauvaise…

Sisyphe est rusé, roublard, menteur, orgueilleux. Ce n’est pas vraiment un personnage sympathique. Plutôt un anti-héros, qui finalement, mérite peut-être son châtiment. Et pourtant… On a envie qu’il s’en sorte, qu’il brise la malédiction, le cercle infernal dans lequel les dieux l’ont enfermé. C’est qu’on le suit. De près.

À chacune de ses renaissances, on est là, avec lui, découvrant, horrifié, apeuré, le conflit ou la guerre au milieu de laquelle il émerge. Il ne sait pas qui il est, où il est, ne souvient de rien. Il doit juste sauver sa peau.

Et la mort est au bout, à chaque fois, inéluctable. Charon, le Passeur chargé de faire traverser le Styx pour amener les âmes aux Enfers, l’attend, inlassablement.

Mais le passeur ne transporte pas ses « clients » à l’œil… Et puis, Charon n’aime pas trop Sisyphe.

Ce dernier tente néanmoins de lui tirer, si je puis dire, les vers du nez, de savoir qui il est et ce qu’il fait là.

Une sorte de bras de fer s’engage entre les deux. Charon distille au compte-goutte ses informations. De toute façon, Sisyphe ne se souvient rien à son réveil, alors, à quoi bon…

Mais le lecteur, comme Sisyphe, tente néanmoins de reconstituer le puzzle.

Mise en bouche :

Le récit s’ouvre sur un homme en train de creuser un trou, clope au bec, dans un environnement post-apocalyptique. Pourquoi ? Est-ce sa propre tombe qu’il creuse ? On n’en sait rien. Mais il faut creuser. Bien profond. Il est sans doute le dernier homme sur terre, nous dit-il.

Que lui reste-t-il ? Quelques souvenirs. La poésie…

Ce que j’en pense :

Dès le début on est happé par le texte intrigant, tendu, noir et désespéré. Et pourtant, on espère. Mais quoi ? Echapper au destin ? A la mort ?… Ou que la fiction dure éternellement ?

D’un certain point de vue, Sisyphe est ici le héros fictionnel par excellence, celui qui ne meurt jamais, ou plus exactement qui disparaît le temps d’ une autre histoire.

Tant que dure l’humanité…

L’écriture, bigarrée, sensorielle et précise, nous fait vivre intensément le terrible destin du personnage mythologique à travers les affres de l’Histoire.

          Chaque période historique dans laquelle Sisyphe émerge est reconstituée à partir de détails donnant un effet de réel saisissant.

            Histoire reconstituée et scènes imaginaires se succèdent et s’entremêlent dans cette fiction haletante, qui distille une vision fataliste de l’humanité, incapable d’échapper à sa condition.

            Un coup de cœur pour ce roman. En un mot : mortel !  

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