Mes écrits

Je vais présenter ici mes nouvelles, romans, côté SF et fantasy.

Côté SF :

Une nouvelle publiée aux éditions Librisme, intitulée OXYLAND, qui figure dans le recueil de nouvelles Oxygène (http://www.editions-librisme.com/vente4.php). Dans un monde futuriste à l’atmosphère irrespirable, deux flics mènent un enquête sur un trafic d’oxygène frelatée…

Nouvelle de l’espace :

PRAXEL THEORIE

Notre chère planète Gritox n’est plus qu’un point minuscule à travers le hublot. Je suis déjà empli de nostalgie au souvenir de ses vastes prairies arides, de ses lacs gelés, de ses trois soleils et de ses nuages vert-pomme.

J’espère que l’Assemblée a pris La bonne décision et que notre voyage tiendra ses promesses. Je pense que l’équipage est comme moi tout à la fois anxieux et excité à l’idée de découvrir le lieu saint de toute vie, terre des Praxels, ô vénérés et divins Praxels.

            L’Assemblée m’a confié la tâche de relater par écrit les événements qui ont poussé mon peuple à entreprendre ce voyage. Étant le seul à savoir convenablement diriger le jet d’encre qui sort de nos becs, je me doutais bien qu’un jour, on finirait par me confier ce genre de tâche. Il s’agit néanmoins d’une nouveauté – mon peuple a jusqu’à présent privilégié les histoires orales. Je vais toutefois essayer d’être le plus précis possible et de ne rien omettre.

            Alors voilà. Tout a commencé avec Brox le Singulier, alors qu’il pratiquait un saut par-delà les nuages. Sur notre planète, Brox est le seul à pratiquer le saut par-delà les nuages. D’où son nom de Brox le Singulier.

            Selon ses propos, le saut par-delà les nuages nécessite une technique très particulière. Il faut tout d’abord se procurer un terrain plat et effectuer des exercices d’assouplissement. Vient ensuite la phase dynamique, qui consiste à prendre son élan, courir, fléchir ses trois tentacules arrière, les détendre d’un seul coup, le buste en avant et la tête légèrement inclinée vers l’arrière. Mais – et là réside l’astuce que Brox a bien voulu me livrer – il est impératif de se débarrasser au préalable de quelques ventouses latérales (1 sur 2 pour être précis) afin de ne pas être retenu par le sol.

            Le saut par-delà les nuages a permis à Brox d’échafauder une théorie et de venir l’exposer devant l’Assemblée (je me dois de préciser que tout membre de la communauté gritoxienne est fondé à venir exposer une théorie, quelle qu’elle soit – en général, personne ne s’en prive).

            Je résume ici cette théorie. Après avoir effectué maints sauts par-delà les nuages, Brox a découvert que la distance séparant le sol des nuages équivalait exactement à 72,8 individus de notre espèce empilés les uns sur les autres.

            Il en a déduit que la nature était vraiment très bien faite car si un seul gritoxien avait suffi à combler cette distance, les conséquences auraient été on ne peut plus fâcheuses : nous aurions sans arrêt la tête dans les nuages et des hernies à tour de tentacules – car obligés de nous baisser constamment afin d’éviter de se cogner les uns dans les autres.

            Sa conclusion a été que nous vivons dans le meilleur des mondes possibles. Je me souviens qu’à l’annonce de cette conclusion, un murmure d’admiration a parcouru l’aile droite de l’assemblée avant d’exploser en hurlement de joie. L’aile gauche, quant à elle, a fait la moue avant de lui tourner le dos en signe de mépris.

            Notre assemblée est scindée en deux parties : une droite et une gauche. La partie droite est composée de membres fermement convaincus que notre monde est parfait depuis la nuit des temps, et que par conséquent, rien ne doit changer. Ils se sont depuis toujours appelés conservateurs et n’ont absolument pas l’intention d’en changer, jusqu’à la fin des temps. Leur principal argument a trait aux Praxels, magnifiques créations, source de joie et de tout. Pour les conservateurs, une telle création est la preuve même de la perfection de notre monde.

            La partie gauche est, elle, composée de membres convaincus que le monde est perfectible et par conséquent peut être sans cesse amélioré. Ils se sont pour l’instant appelés progressistes mais ne manqueront pas de changer de nom dès qu’ils trouveront mieux. Leur principal argument concerne les ventouses – je précise que nos tentacules sont naturellement lisses et dénués de ventouses ou de quoi que ce soit d’autre, ce qui en fait certainement les tentacules les plus enviés de la galaxie.

            Les ventouses sont une invention de notre part. Nous les attachons solidement à nos tentacules et pouvons ainsi marcher sur le sol, par le principe dit « de l’adhésion ». Sans elles, nous ne ferions que flotter dans l’air – d’une légèreté inouïe sur notre planète – sans pouvoir avancer, ce qui, en plus d’être frustrant nous rendrait complètement grotesques.

            Pour les progressistes, cette invention est la preuve même du potentiel perfectible de notre monde. Cette assertion a en général le don d’irriter les conservateurs qui y voient, eux, le signe même de l’absolue perfection de notre monde, Le créateur-de-toute-chose nous ayant tout bonnement doté de la capacité d’inventer les ventouses.

            Des querelles incessantes entre les deux parties secouent régulièrement l’assemblée. En fait, à chaque fois qu’une théorie est exposée. Ceci ne débouche en général sur rien mais le droit de venir exposer une théorie est inaliénable (voilà un point sur lequel se rejoignent les deux parties – qui ne manqueraient pour rien au monde l’exposé d’une théorie).

            Pour en revenir à Brox le Singulier, c’est après avoir effectué son 118ème saut par-delà les nuages que la « chose » est arrivée. Alors qu’elle venait tout juste de dépasser un nuage, la tête de Brox a été percutée de plein fouet par un objet inconnu. Brox est immédiatement redescendu de son nuage. La surprise fut telle qu’il a, sur le coup, oublié de crier de douleur. Cela lui est revenu une fois au sol, ameutant ainsi la communauté. Nous lui avons immédiatement apporté quelques Praxels – ô saints et tendres Praxels – afin de lui procurer quelque réconfort (manger des Praxels est toujours un réconfort, qu’ils soient crus, frits ou enduits de marmelade).

            L’objet fumant qui gisait à ses côtés nous a plongés dans une profonde perplexité. C’était un objet de forme et de matière indéfinissables. D’ailleurs, aucun d’entre nous n’a osé se lancer dans une définition, ni même avancer une théorie, et ce malgré les encouragements de l’Assemblée.

            Nous nous sommes simplement demandé : « qu’est-ce que c’est ? » et « d’où ça vient ce machin ? ».

            Brox a répondu le premier en criant que cela ne pouvait venir que d’un cerveau dégénéré ou haineux, voire peut-être même de l’aile gauche de l’Assemblée, qui n’avait pas vraiment apprécié sa théorie. Les progressistes se sont immédiatement offusqués de pareille calomnie, arguant que, au moment des faits, ils étaient en train d’invectiver la partie droite de l’assemblée – ce que celle-ci a confirmé, en émettant néanmoins quelques réserves car selon elle, l’invective était plutôt de son côté.

            Après maintes tergiversations, la partie gauche a fini par être disculpée.

            Quelqu’un a alors lancé : « c’est l’idiot du village ! » et a remporté un franc succès. En effet, seul l’idiot du village pouvait avoir créé un tel objet – nous l’avions plusieurs fois surpris à inventer des choses aussi saugrenues.

            Après avoir ramassé quelques pierres, nous l’avons fait venir afin de le confondre et lui faire avouer son forfait. Mais il est resté une bonne heure devant l’objet en souriant et bavant, ce qu’il fait habituellement. N’ayant pas obtenu la réaction escomptée, nous avons longuement réfléchi pour arriver à la conclusion que ce ne pouvait être lui. Oh, il était bien capable d’inventer un tel machin. Mais où aurait-il trouvé la matière pour le fabriquer ? Selon nos plus éminents spécialistes (appelés aussi Fouilleurs-de-cratères) elle n’existe pas sur notre planète. D’après leur rapport rigoureux, exposé en son temps à l’Assemblée, notre planète est essentiellement composée :

            1°) de minuscules grains qui, humectés et entassés dans un seau, peuvent servir à faire des pâtés au bord de la mer

            2°) de pas mal de cailloux

            Nous avons donc supputé que le bidule provenait certainement d’un « ailleurs ». La partie droite de l’assemblée s’est enflammée en criant que dans un monde aussi parfait que le nôtre, il ne saurait être question d’un ailleurs. La partie gauche a aussitôt embrayé en hurlant qu’un ailleurs était non seulement concevable mais tout à fait souhaitable si on voulait voir plus loin que le bout de son bec et atteindre un degré de perfection supplémentaire. Les conservateurs se sont largement bidonnés en rétorquant que, vu la gueule de l’objet, si un tel ailleurs existait – ce qui était une totale affabulation – ce serait un ailleurs de piètre qualité, bien en deçà de notre monde, auquel, soit dit en passant, il n’y a rien à changer.

            Le président de l’Assemblée a alors levé son énorme tentacule gris et tout le monde s’est tu. Ce geste est en général effectué à l’Assemblée. Perché tout en haut de la salle, le président lève son énorme tentacule gris afin d’ouvrir et de clore les débats. L’énorme tentacule gris a été déterminant dans la nomination du président. Étant le seul à posséder ce genre de tentacule, il était tout désigné pour remplir la fonction.

             Le président s’est tourné vers Brox le singulier pour lui demander si, à tout hasard, il n’avait pas aperçu quelque chose là-haut, lorsqu’il avait la tête par-delà les nuages. Ce dernier a haussé les tentacules en répondant qu’il faisait beaucoup trop noir là-haut pour apercevoir quoi que ce soit, que ça ne l’avait pas tellement intéressé et que de toute façon ça ne changeait rien à sa théorie.

            Les conservateurs ont eu un sourire triomphant et les progressistes ont ressorti le coup des ventouses. Le débat a repris de plus bel.

            Nous étions bien embarrassés et commencions à être fatigués de cet objet, au demeurant fort inutile. D’autant plus que la nuit tombait et que certains commençaient à avoir faim. Si cet objet ne servait à rien et faisait reculer l’heure du repas, autant le renvoyer d’où il était venu.

            Nous avons alors demandé à Brox le Singulier de bien vouloir refaire un saut par-delà les nuages pour qu’on puisse lui lancer l’objet sur la tête, de sorte qu’il effectue le voyage en sens inverse. Nous avons essuyé un refus catégorique de l’intéressé, qui s’est écrié en agitant frénétiquement ses tentacules : « ça ne va pas, non ? ».

            Cela n’arrangeait pas nos affaires. Il fallait faire quelque chose. Au moins s’approcher de l’objet, éventuellement le toucher. L’individu de la situation ne pouvait être que Plonx le Courageux, nommé ainsi en raison de sa théorie – selon ses dires, il n’avait jamais eu peur de sa vie, aussi loin qu’il s’en souvienne. Il attribuait ce phénomène au nécessaire équilibre de notre communauté. Comme nous n’étions, selon son analyse, qu’une bande de pétochards, il fallait quelqu’un pour compenser toute cette peur. Et c’était tombé sur lui. Tout en bombant les tentacules, il affirmait n’en retirer aucune fierté mais avait bien conscience de la lourde responsabilité qu’engendrait pareille qualité.

            Il faut dire que nous étions soulagés d’avoir un tel gritoxien dans ces circonstances. Le problème est que lorsque nous lui avons demandé de s’approcher de l’objet, il s’est soudain souvenu qu’il avait oublié de nous parler de sa nouvelle théorie, ce qui fut fait sur le champ. Nous avons alors appris qu’en fait il avait bien eu un tout petit peu peur dans sa vie, et que l’équilibre de notre communauté résidait non pas dans son absence de peur mais dans les différentes quantités de peur contenues en chacun de nous. Il se dégageait dorénavant de toute responsabilité.

            Cette nouvelle théorie tombait mal et nous avons dû renoncer à Plonx le-Nettement-Moins -Courageux.

            Mais tandis que nous étions résolus à effectuer un tirage au sort, l’idiot du village – qui n’avait plus de bave en réserve – a foncé droit sur l’objet et l’a touché du bout de son tentacule droit. Il y eut un petit bruit, que nous avons appelé clic par convenance, et l’objet s’est ouvert, à notre grand étonnement. Tout le monde est resté coi et a très vite reculé de quelques pas.

            L’idiot du village s’est mis subitement à danser en poussant des petits cris de joie. Interloqués, et comme cela n’avait pas l’air dangereux, nous nous sommes timidement approchés. Quelle ne fut pas notre surprise en découvrant que non seulement l’objet était creux et non plein (comme bon nombre d’entre nous le pensaient) mais qu’en plus il contenait une foule de trucs invraisemblables !

            Parmi tout le fatras, un objet a immédiatement retenu notre attention. C’était une sorte de rouleau de feuilles qui ressemblait à s’y méprendre à celles que nous utilisons pour nous essuyer après avoir déféqué. Son aspect familier nous a un peu rassuré et nous avons sommé l’idiot du village de le prendre et de nous le donner – ce qui ne fut pas une mince affaire et a nécessité pédagogie, fermeté et un jet de pierres. Une fois en notre possession, nous l’avons doucement déroulé et avons poussé des oh ! de stupéfaction et de consternation, car il y avait un dessin représentant… nos vénérés Praxels ! À ceci près que l’auteur du dessin les avait affublés de membres supplémentaires, en haut et en bas de leur corps-tige et enfermés dans une sorte de rond.

            L’aile droite de l’assemblée a hurlé au sacrilège et l’aile gauche n’a su que répondre car tout le monde était d’accord avec cette idée – s’il y a quelque chose que l’on ne tolère absolument pas, c’est de se moquer de nos très saints et vénérés Praxels, source de joie, que nous cultivons avec un amour toujours renouvelé.

            Les soupçons qui pesaient sur l’idiot du village, et que nous avions écartés un peu plus tôt, sont revenus à la charge et ont envahi nos esprits. C’était un fait établi que seul un individu à l’esprit tordu et dénué de sens commun pouvait commettre une telle infamie. De surcroît, c’est l’idiot du village qui l’avait ouvert, ce qui prouvait qu’il devait en connaître les mécanismes secrets.

            Nous avons de nouveau ramassé quelques pierres. Mais nous étions quand même très curieux et impatients de savoir ce qu’il y avait d’autre à l’intérieur. Et puis, il fallait en avoir le cœur net avant de lancer les pierres, exercice on ne peut plus fatigant. Nous avons donc poursuivi notre investigation.

            Notre second choix s’est porté sur un petit appareil muni de protubérances. L’un d’entre nous – je crois que c’était Frax le bleu, appelé ainsi non du fait de sa théorie (il n’en a pas encore exposé) mais de sa couleur – a glissé un tentacule et touché une des protubérances. Un son atroce est subitement sorti de l’objet et nous avons tous reculé en nous bouchant l’appendice nasal (organe qui nous sert à entendre et nous moucher). Frax le bleu a viré au vert et a donné un grand coup sur la protubérance, ce qui a eu pour effet d’arrêter net le son atroce.

            Ce son ressemblait étrangement au cri poussé par le grand Zex (frère aîné du petit Zex) lorsque celui-ci s’était coincé le tentacule gauche dans le pressoir à Praxels (le Praxel est beaucoup plus tendre après avoir été pressé et vidé de son jus). En portant son coup, Frax le bleu-devenu-vert a (sans le vouloir) enfoncé une autre protubérance et un petit carré qui se trouvait au fond de l’objet s’est allumé. Des chiffres, des signes et des symboles incompréhensibles ont défilé pendant un temps très long, nous fichant à tous une sacrée migraine.

            La plaisanterie était de fort mauvais goût. Nos vénérés Praxels atrocement caricaturés sur des feuilles à défécation, un enregistrement du cri poussé par le grand Zex en train de se coincer un tentacule, des lignes de chiffres sans queue ni tête qui vous font mal au crâne… C’en était trop ! On était pressé de se débarrasser de l’objet et de son contenu. Et de châtier l’auteur de cette farce immonde.

            Les conservateurs ont proposé que, en plus de l’objet, on se débarrasse de l’idiot du village en le jetant sur la tête de Brox le Singulier lorsqu’il effectuerait un saut par-delà les nuages. Ce qui éviterait de gaspiller des pierres.

            Les progressistes ont trouvé cette proposition des plus abjectes car si l’idiot de village méritait d’être châtié, il ne méritait tout de même pas d’être exclu de la communauté gritoxienne et pouvait certainement s’améliorer.

            Les conservateurs ont répondu qu’effectivement, si l’amélioration consistait à être un peu plus idiot, ça pouvait très bien s’envisager, et que de ce point de vue, l’aile gauche de l’assemblée en était la preuve vivante.

            Les progressistes ont hurlé que ce qui serait à envisager, c’est de jeter l’aile droite de l’Assemblée à la tête de Brox le singulier afin de faire enfin place nette au progrès.

            Brox a fulminé en braillant qu’il en avait assez qu’on veuille lui jeter n’importe quoi à la tête, que si c’était ça il allait arrêter de pratiquer le saut par-delà les nuages et que ce serait une grande perte pour la communauté gritoxienne.

            C’est à ce moment-là que Mixia la Frileuse (appelée ainsi, car elle se balade toujours avec un bonnet à pois sur la tête, ce qui fait beaucoup rire les enfants et le président de l’Assemblée) s’est mise à crier qu’on était qu’une bande d’imbéciles ayant le quotient intellectuel d’un protch – insulte suprême, le protch étant une sorte de crustacé assez gratiné qui se prend pour un animal volant et s’obstine à se jeter du haut des falaises en agitant ses pinces, sans grand succès, bien évidemment.

            Les deux ailes de l’Assemblée sont restées bec bée quelques secondes avant de retrouver très vite l’usage de la parole et de l’emphase. Comme tout le monde a conspué en même temps, il est difficile de rapporter les propos de chacun mais grosso modo les deux parties étaient outrées qu’une femelle gritoxienne ramène ainsi sa fraise dans un débat aussi sérieux. Et pourquoi pas venir exposer une théorie à l’Assemblée, pendant qu’on y était, a ajouté un des membres conservateurs en levant les yeux au ciel (j’ai omis de préciser que seuls les mâles gritoxiens sont autorisés à venir exposer une théorie à l’Assemblée). Le président de l’Assemblée a sautillé sur place en battant des tentacules et en criant « bonne idée, bonne idée ! » avant de partir dans un fou rire inextinguible. Les autres membres se sont regardés en haussant les tentacules et ont chuchoté entre eux : « il devient sénile le vieux ». Je pense pour ma part qu’il devait se réjouir à l’idée de voir Mixia la Frileuse et son bonnet à pois exposer une théorie à l’Assemblée.

            En fait, il n’y a pas eu à attendre qu’elle vienne à l’Assemblée. Car Mixia la Frileuse ne s’est pas démontée et, campée sur ses tentacules à ventouses plates, a exposé tout de go sa théorie.

Cet objet, nous a-t-elle asséné, a été en fait envoyé par le Créateur-de-toute-chose pour nous indiquer le chemin à suivre. Elle s’est arrêtée et nous a tous embrassés d’un regard qui semblait dire « ah ! ça vous la coupe, hein les ringards ? ». Il faut dire qu’effectivement, on était tous un peu médusés. Quelqu’un a alors timidement levé un tentacule et demandé :

« Le chemin pour aller où ? ». Alors, Mixia a saisi la feuille sur laquelle était outrageusement dessiné un Praxel, l’a levée au-dessus de son bonnet à pois et a répondu : « pour se rendre sur la terre des Praxels ».

Comme on n’en finissait pas d’être abasourdis, Mixia nous a expliqué que les chiffres et les symboles que vomissait l’objet correspondaient à des « coordonnées » nous permettant de trouver le chemin menant à la terre des Praxels, qui se trouvait par-delà les nuages.

Tout le monde s’est retourné vers Brox le singulier, qui a froncé les tentacules en crachant, le ton menaçant : « n’y pensez même pas ! ». L’idée de se mettre en ligne et de sauter chacun son tour sur la tête de Brox n’ayant pas été retenue, Mixia est allée chercher ce qu’elle a appelé sa boîte-à-voler-au-delà-des nuages.

Le temps d’effectuer de multiples offrandes (à base de cailloux et de pâtés) au Créateur-de-toutes-choses afin de le remercier d’avoir créé les Praxels et de nous indiquer le chemin menant à leur habitat originel, elle était revenue en tirant une gigantesque boîte de conserve coiffée d’un chapeau pointu tout rouge.

Avant que quelqu’un ne lui demande, Mixia nous a expliqué que cette boîte datait de l’époque des premiers Praxels, certainement envoyés par le Créateur-de-toute-chose – qui avait dû estimer (avec raison) que les cailloux et les pâtés au bord de la mer ne suffiraient pas à notre bonheur. La boîte était un peu rouillée mais fonctionnait encore. Elle l’avait améliorée et agrandie afin que nous puissions y loger.

Elle nous a alors demandé de prendre nos sacs à Praxels et de nous entasser dans la boîte-à-voler-au-delà-des-nuages. L’aile droite de l’Assemblée a voulu se mettre dans la partie haute, ce qui, évidemment, n’a pas plu à la partie gauche. De palabres en insultes, le temps s’est écoulé et Mixia a soudain mis les gaz. Les gritoxiens se sont alors précipités dans le réceptacle oblong, aile droite et aile gauche mélangées.

Et c’est avec émotion que nous avons franchi les nuages et pénétré dans l’espace.

L’espace est beaucoup plus grand que nous l’avions imaginé, avec des tas de boules de couleurs différentes. Nous en avons croisé un certain nombre en criant des « oh ! » et des « ah ! » d’émerveillement (même l’aile droite de l’Assemblée, forcée de constater l’existence non pas d’un ailleurs mais de plusieurs – elle restait néanmoins convaincue que tous ces ailleurs ne valaient pas notre belle planète, question perfection). Mais celle qui nous intéresse, pour laquelle nous avons quitté notre chère planète Gritox est une petite boule aux reflets bleus.

  Nous la voyons maintenant très nettement à travers le hublot. C’est Mixia qui nous l’a montrée. C’est elle, la terre des Praxels ! a-t-elle crié, joyeuse. Son cri de joie nous a donné envie de faire la danse des tentacules, et il s’en est fallu de peu que la boîte ne perde ses boulons après avoir effectué quelques vrilles.

C’est qu’il nous tardait de remplir nos sacs !

« Devinez comment s’appelle la terre des Praxels ? » a lancé Mixia afin de nous calmer. Tout le monde s’est gratté le bec et, avant que quiconque ne puisse avancer une théorie, le président de l’Assemblée a levé son énorme tentacule gris en demandant un indice.

Après quelques instants de réflexion, Mixia a bien voulu nous donner un indice.

« Le Créateur-de-toute-chose ne s’est pas foulé… », a-t-elle dit en souriant.

Le président de l’Assemblée s’est mis à bougonner, trouvant l’indice un peu maigre. Des propositions ont néanmoins fusé – j’ai pu noter en vrac : la boule aux Praxels, la planète des Praxels, Praxeland, Praxelus, Praxelis, Praxelae, Praxel la bleue, Home sweet Praxels, la tête à Brox, chez Léon-Praxels- à tout-heure, Miam-miamland, Praxel et poivre…

Mixia a soudain crié stop ! et a pointé du tentacule l’idiot du village. Un silence a plané dans le vaisseau et Mixia a invité l’idiot du village a réitéré sa proposition, qui était la bonne. Faute de place, nous n’avions pas emporté de pierres. Heureusement, l’idiot du village ne s’est pas fait prier. Bave aux lèvres, il a regardé par le hublot en répétant :

« La Terre ! La Terre ! La Terre… »