1e) Écrite dans la langue de Molière, la SF n’a pas à rougir par rapport à celle écrite dans la langue de Shakespeare (qui domine le genre). Faut-il le rappeler, le genre est né en France avec Jules Verne dans le glorieux XIXème siècle (glorieux pour les lettres françaises). Univers riches, langue ciselée, empruntant au registre élevé ou familier, la SF francophone maîtrise parfaitement son sujet-à savoir le roman de SF. Construction, personnages, intrigue, tous les codes du roman sont respectés, intégrés, digérés, et parfois bouleversés. Avec ce je-ne-sais-quoi de singulier dans le phrasé.
On peut s’y plonger, donc, en toute sérénité. De l’attendu… pour de l’inattendu.
2e) Tous les sous-genres de la SF sont investis par les auteurs francophones. Anticipation (de l’an 2440, de Louis Sébastien Mercier en 1771 à l’œuvre d’Alain Damazio Les Furtifs en 2019 en passant par Paris au XXème siècle de Jules Verne ou Ravage, de Raymond Barjavel, cette branche de la SF est peut-être la plus exploitée par les auteurs francophones depuis… un siècle et demie !), hard science-fiction (plus rare, mais existante : Étoiles mourantes, de Jean,-Claude Dunyach, Le Monde tout droit réservé, de Claude Ecken, etc), cyberpunk (Les Futurs mystères de Paris de Roland C Wagner, Babylon Babies, de Maurice G. Dantec, etc), steampunk (La lune seule le sait, de Johan Heliot, Les Inhumains, de Serge Brusselo, Confessions d’un automate mangeur d’opium, de Fabrice Colin et Mathieu Gaborit, etc), space opera (Les guerriers du silence, de Pierre Bordage, La Fédération de l’Amas, de Paul-Jean Hérault, etc).
Bref, tout le monde peut y trouver son compte !
3e) Il faut encourager la production francophone ! C’est une évidence, mais plus il y aura de lecteurs de SF francophone, plus il y aura d’auteurs-et de possibilités de chefs-d’œuvre.
Pour celles et ceux que la SF française intéresse (ou pas), je conseille l’excellent livre de Simon Bréan La science-fiction en France. Théorie et histoire d’une littérature. (PUPS 2012)
Petit lexique sur les sous-genres :
-Anticipation : genre constitué par des œuvres dont l’action se déroule dans le futur, proche ou lointain (en général sur terre).
-Hard science-fiction : genre dans lequel les technologies, les sociétés et leurs évolutions, telles qu’elles sont décrites dans le roman, peuvent être considérées comme vraisemblables au regard de l’état des connaissances scientifiques au moment où l’auteur écrit son œuvre. En clair, ici ça rigole pas-si du moins les auteurs veulent être crédibles.
-Cyberpunk :association des mots cybernétique et punk très apparenté à la dystopie (l’inverse de l’utopie, donc le cauchemar) et à la hard science-fiction. Genre qui met en scène un futur proche, -avec une société technologiquement avancée (notamment pour les technologies de l’information et la cybernétique). Violence, pessimisme, ironie, cynisme ressortent souvent des univers cyberpunks.
-Steampunk : terme inventé en référence au cyberpunk. Les intrigues de ce genre se déroulent dans un XIXe siècle dominé par la première révolution industrielle du charbon et de la vapeur (steam en anglais). Il s’agit d’une uchronie (en gros, l’histoire est réinventée en lui faisant subir une autre évolution) faisant référence à l’utilisation massive des machines à vapeur au début de la révolution industrielle puis à l’époque victorienne. On y retrouve l’utilisation de matériaux tels que le cuivre, le laiton, le bois et le cuir.
-Space opera : ou opéra de l’espace, sous-genre de la science-fiction caractérisé par des histoires d’aventure épiques ou dramatiques se déroulant dans un cadre géopolitique complexe. Suivant les œuvres, le space opera rime avec exploration spatiale à grande échelle, guerres intergalactiques ou rigueur dans le réalisme scientifique.


